Claude Terrasse est un des
plus dignes représentants d'un genre méconnu, l'opérette.
Né en 1867 à L'Arbresle dans le Rhône, il voit sa
vocation soutenue par l'employeur de son père. Après ses
années de collège, il entre au Conservatoire de Lyon pour
y parfaire une formation de cornettiste qui le conduit à jouer
dans l'orchestre du Grand-Théâtre. Il découvre l'harmonie
avec Luigini et l'orgue auprès de Paul Trillat, l'organiste de
la Primatiale. Poussé par ses maîtres, il intègre
ensuite l'École Niedermeyer à Paris, où il est l'élève
d'Alexandre Georges et d'Eugène Gigout, qu'il suit lorsque celui-ci
quitte l'école. Durant son volontariat, il rencontre Charles Bonnard
qui lui présente deux personnes appelées à jouer
chacune un grand rôle dans sa vie : son frère, Pierre
et sa sour Andrée, qu'il épouse en 1890.
Professeur de piano et d'harmonie depuis l'année
passée à Arcachon, il y instaure une saison de concerts
de musique de chambre qui connaissent une réussite de plus en
plus importante. Lui-même et sa femme y jouent très fréquemment
du piano, dans des formations allant généralement du solo
au quatuor. C'est à cette époque que le compositeur fait
ses premières armes. Cette période culmine avec les Petites
scènes familières pour piano, recueil qui paraît
illustré par Pierre Bonnard. Après six années arcachonnaises,
le musicien est nommé titulaire de l'orgue de chour de l'église
de la Trinité à Paris en août 1896. À peine
installé, il se fait connaître en écrivant la musique
de scène d'Ubu roi d'Alfred Jarry qui connaît
une création houleuse les 9 et 10 décembre 1896. Fréquentant
l'avant-garde littéraire et picturale de son temps, il établit
dans l'atelier attenant à son appartement le théâtre
des Pantins, un théâtre de marionnettes pour lequel des écrivains
et des peintres de tout premier plan se dépensent sans compter.
Durant quelques mois, Terrasse, Jarry, Franc-Nohain, A.-F. Herold
et les peintres Nabis font de cette petite salle le lieu de sociabilité important
des familiers du Mercure de France et de La Revue blanche. Écrivant
exclusivement pour des théâtres d'avant-garde, le musicien
développe un style minimaliste en relation avec cette « mystique
des marionnettes » développée en commun avec
Alfred Jarry et Franc-Nohain. C'est d'ailleurs avec ce poète qu'il écrit
alors ses mélodies les plus personnelles.
Il collabore ensuite avec plusieurs auteurs dont Georges
Courteline. Mais son premier succès dans l'opérette lui
vient en 1900 avec La Petite Femme de Loth, deux actes écrit
en collaboration avec Tristan Bernard. Succès encore plus important
l'année suivante avec Les Travaux d'Hercule, livret
de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet. |
Le trio donne cinq opérettes
en un, deux ou trois actes qui sont toutes des succès : Chonchette,
Le Sire de Vergy - leur plus marquante réussite -, Monsieur
de La Palisse et Pâris ou le Bon juge, qui renouvellent
le genre de l'opérette parodique, relativement délaissé par
la génération de compositeurs précédents.
Parallèlement, Claude Terrasse et Franc-Nohain écrivent
trois pièces en un acte, d'une verve héroï-comique
inédite : La Fiancée du scaphandrier, Au temps
des croisades et - la plus parfaite aux dires d'A.-F. Herold - La
Botte secrète.
Reconnu par ses contemporains comme le maître
de l'opérette, estimé de Debussy, Ravel et Satie, il connaît
une seconde consécration lorsque s'ouvrent devant lui les portes
de l'Opéra-Comique. En 1910, avec Jules Lemaître et Maurice
Donnay, il présente Le Mariage de Télémaque, ouvrage
repris en 1913 et 1921. À Lyon, l'année suivante, a lieu
la création de l'ouvre à laquelle il tenait le plus : Pantagruel, grand
opéra bouffe en cinq actes, entièrement chanté,
sans numéros séparés, authentiquement bouffe, tellement
longtemps travaillé que toutes les facettes du savoir-faire du
compositeur s'y sont fondues et amalgamées. Sur un livret d'Alfred
Jarry et Eugène Demolder, le compositeur expérimente un
genre novateur et de peu de descendance. Puis, jusqu'à la Première
Guerre mondiale, il continue à accumuler les nouveaux succès
parisiens et les reprises de ses premières opérettes qui
n'ont cessé de faire une belle carrière en province et
parfois à l'étranger. Cependant, le changement de goût
consécutif à la guerre ne lui est pas favorable et le public
se tourne alors plus volontiers vers les chansons que vers les grands
ensembles qui rythment la plupart de ses actes. Jusqu'à sa mort
en 1923, il ne connaît plus de grands succès.
Après sa mort, ses opérettes ont été jouées
assez régulièrement jusque vers 1970. Elles ont alors connu
une éclipse de près d'un quart de siècle. Mais,
depuis peu, la roue tourne et une vogue nouvelle a permis de revoir d'abord La
Botte secrète dans une mise en scène étourdissante à La
Péniche-Opéra, Le Sire de Vergy à Lyon
servi par les dynamiques amateurs des Bouffes Lyonnais, puis aux Bouffes
Parisiens par des professionnels pour quatre-vingt-dix représentations, Les
Travaux d'Hercule à Nantes et Monsieur de La Palisse à Marseille,
cette dernière pièce reprise en 2002 sur la même
scène, l'enthousiasme de son succès entraînant la
production du Sire de Vergy. Enfin, Les Malins Plaisirs emmènent
actuellement La Fiancée du scaphandrier en tournée
après l'avoir jouée à Montreuil-sur-Mer durant le
mois d'août et un disque consacré à ses mélodies
et sa musique pour piano est actuellement en cours de réalisation. |